Mardi 22 mai 2012
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"L'art ne demande jamais où en est le temps..." et il fallait bien 636 pages
pour en parler. Une longue mais délicieuse lecture en compagnie de Karitas, islandaise, qui dans les années 50 s'efforce de trouver une place dans le monde des artistes peintres encore très
masculin. Un magnifique portrait de femme indépendante.
Karitas a fait le choix "égoiste ?!" de se consacrer à sa passion et de s'éloigner de ses enfants et de son mari,
le beau Sigmar.
Sa vie n'en reste pas moins chaotique et nomade en s'affichant comme une femme libre. Paris puis New York lui apporteront
la célébrité mais à quel prix ?! Bien que soutenue par sa mère et ses frères, sa soeur Bjarghildur ne cessera de lui cracher à la figure que sa condition de femme et de mère n'est pas à
peinturluper mais à s'occuper de sa famille et de son foyer.
Les évènements qui laisseront des cicatrices à l'âme de Karitas nourrissent sa peinture. Ils nous sont racontés
magnifiquement à chaque chapitre.
Karitas retournera plusieurs fois en Islande, non seulement pour y voir sa famille mais aussi pour y reposer son
esprit.
Un livre à découvrir pour l'art, la femme,la découverte d'une Islande enchanteresse dans ses paysages et la très jolie
plume de Kristin Marja Baldursdottir.
J'ai découvert que "Chaos sur la toile" était la suite d'un premier tome qui raconte l'enfance et la jeunesse de Karitas.
Il ne me reste plus qu'à le dénicher sur les étagères.
Tête à tête avec
Kristin Marja Baldursdottir
Editions Gaïa 2011
traduit de l'Islandais par Henry Kiljan Albansson
4ème de couverture
Karitas vient de verser l’eau bouillante dans la bassine lorsque les belles-soeurs
frappent à la porte de l’atelier glacial. Karitas ne vit que pour l’art qui, lorsqu’il vient, crée le chaos sur ses toiles. Elle vit à Reykjavík, loin de son mari, l’armateur aux yeux vert océan, loin de ses
enfants.
Le jour où elle prend la décision de partir pour Paris, surgit son fils avec une
petite fille. Et Karitas se retrouve avec deux valises au lieu d’une pour découvrir le monde. Elle sillonne les musées, se nourrit des oeuvres des plus grands peintres, rit dans les soirées enfumées et enivrantes.
De Paris à New York, de Rome jusqu’aux fjords islandais, Karitas peint. Ou
s’inquiète de ne plus peindre. Itinéraire d’une femme libre, contemporaine de Simone de Beauvoir, et pourtant
enchaînée à son art, Chaos sur la toile est un magnifique roman sur la passion et ces choix — parfois fous — qui façonnent nos vies.
EXTRAITS
« le chaos me tourmente, me tient éveillée. Comment puis-je le capturer, le forcer à entrer dans mes tableaux ? pensé-je tandis
que le ressac joue de sa liberté sans contrainte dans la froide et humide nuit de printemps.»
« Il y a quelque chose dans ses tableaux que je ne saisis pas, dit Pia, je m'y connaissais plutôt bien en art fut un temps et je
sais qu'elle est très capable sur le plan technique mais bien qu'elle peigne ainsi de l'abstrait il y a une maudite intonation dans ses oeuvres qui me met mal à l'aise, comme si elle blâmait
l'individu, riait même de lui. Et Karlina qui n'était jamais venue à une exposition de tableaux dit : je me demande si ce n'est pas seulement son effroyable expérience qui éclate dans ses
tableaux. Elle a perdu un enfant en bas âge et en avait presque perdu aussi la raison, puis sa soeur est partie dans le Nord avec un des jumeaux et son mari, mon cousin, n'en fichait pas une
rame, ce démon à image d'homme, il était juste toujours en mer, imagine-toi, et puis il a trahi mon Thorfinnur».
« L'art pictural n'était-il pas une illusion une fuite devant la vie ? Que m'avait pour ainsi dire apporté l'art ?»
« Celui qui inspecte toujours le vent ne sème jamais et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais. Les femmes
ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage».
« Terres septentrionnales, froides et rafraîchissantes, elles m'avaient manqué, l'immensité m'avait manqué, ne pas voir aussi
loin que porte le regard m'avait manqué. Lorsque je marchais sur la grève le soir, je regardais les nuages se rassembler en s'enroulant autour du soleil, contenir ses rayons pour que le glacier
du Snoefellsnes devienne net et clair dans le lointain »